Mieux connaître le tabac

Histoire courte du tabac, du tabagisme et de la tabacologie

En 1492, Christophe Colomb découvre à Cuba que les indigènes fument une plante inconnue en Europe : le tabac. Mais c’est André Thevet, un moine navigateur, qui en rapporte en 1556 du Brésil des graines qu’il plante dans son jardin d’Angoulême pour les étudier.

De l’usage thérapeutique au premier impôt sur le tabac
Au même moment, Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal, découvre que le tabac peut être utilisé en cataplasme, pour apaiser des troubles cutanés, et en prise pour soigner les infections des voies respiratoires. En 1565, il en envoie à Catherine de Médicis qui souffre de fortes migraines. La reine de France est soulagée et l’usage se répand vite sous forme de prise, de chique, de pipe. Le tabac est donc d’abord utilisé comme plante médicinale !

Richelieu comprend très vite tout l’intérêt que l’État peut en tirer et instaure le premier impôt sur le tabac en 1629. Il sera suivi par Colbert qui décrète en 1681 le monopole d’État sur la fabrication et la vente du tabac. Le « succès » est au rendez-vous au point qu’un siècle plus tard, Talleyrand déclare cyniquement : « Je promets de bannir ce vice affreux [le tabac], le jour où on m’indiquera une seule vertu capable de faire rentrer, chaque année, cent vingt millions dans les caisses de l’État ».

Du tabac au tabagisme
Au cours de la Campagne d’Espagne au début du 19e siècle, les troupes de Napoléon découvrent la façon de fumer des Espagnols : le tabac est roulé dans une mince feuille de papier. Le pli est pris.
Louis-Nicolas Vauquelin, pharmacien et chimiste, découvre la nicotine en 1809. Tout s’enchaîne : l’industrie du tabac naît en 1830. En 1880 James Duke reprend la manufacture de cigarettes pré-roulées créée par son père. Un jeune mécanicien, James Bonsack, lui propose de réaliser une machine pour automatiser la fabrication de cigarettes. Avant d’en lancer la production, les deux associés doivent répondre à un défi de taille : empêcher que le tabac ne se dessèche. C’est l’origine de l’usage des additifs dans le tabac. La production explose et James Duke se retrouve avec plus de cigarettes qu’il ne pouvait en vendre. Pour écouler son stock, il démultiplie les actions « marketing ». C’est le début de l’ère industrielle.

L’usage du tabac dénoncé puis combattu
Au milieu du 20e siècle, la toxicité du tabac est démontrée, ce qui n’enlève rien à son succès, encore de nos jours… Sous l’impulsion de quelques médecins, la dépendance et ses méfaits sont bientôt dénoncés par une nouvelle science : la tabacologie. Les substituts nicotiniques, puis les thérapies comportementales et cognitives sont reconnus. L’usage du tabac n’en diminue pas pour autant et l’étendue des maladies qu’il engendre n’empêche pas son succès de perdurer et le fléau de se répandre partout dans le monde.

L’arrivée de la cigarette électronique
Dès 2012, l’usage de la cigarette électronique se répand. Elle prétend limiter considérablement les risques liés au tabagisme.

En 2016, un nouveau dispositif, l’objet connecté Smoking Stopper®, vient en aide aux fumeurs, en complément de la panoplie des traitements existants, en s’attachant à maîtriser la dépendance affective à la cigarette, si difficile à contrôler.

Les tabacs : ils sont tous à risques !

Il n’y a pas un tabac meilleur qu’un autre ! Fumés, ils exposent tous à des risques similaires à quelques nuances près : plus ils sont légers et plus ils sont nocifs.

Un peu de botanique
Le tabac appartient au genre Nicotiana, classé dans la famille des Solanacées, tout comme la tomate, les aubergines, les pommes de terre, le piment… qui sont eux sans danger ! Cette grande famille regroupe plusieurs espèces connues pour leurs propriétés aromatiques, décoratives et biologiques.

Préparation du tabac
Après la récolte, les plants sont séchés à l’air naturel ou dans des fours à air chaud pulsé. On parle de « crus de tabac » comme de crus de vin ! On leur attribue également des « grades » en fonction du développement des feuilles, de leur couleur, de leur texture, de l’intégrité des tissus, du potentiel aromatique, de la combustibilité. La qualité des tabacs est déterminée selon une grille d’évaluation qui permet ensuite l’élaboration de mélanges homogènes.

Une nocivité équivalente
Qu’ils soient blonds ou bruns, fumés, ils sont tous nocifs : ils contiennent toujours au minimum 12 mg de nicotine par gramme de plante. Les goudrons et le monoxyde carbone ne se trouvent pas dans la plante elle-même mais dans la fumée lorsque le tabac brûle.

Lors de la combustion, le potentiel en goudrons et nicotine dépend de la variété, de l’étage foliaire, des conditions de production ; l’écimage (c’est-à-dire sa taille, au sens du verbe « tailler ») renforce le taux de nicotine.

Les feuilles de tabac récoltées sont humidifiées à la vapeur, puis battues et hachées et recevront additifs et sauces (menthol, cacao, ammoniac…).

Secrets de cigarette : ce qu’on ne vous dit pas !

Méconnue, la fabrication de la cigarette mérite quelques éclaircissements. Il n’est pas inintéressant de découvrir ce qu’on vous cache d’un produit qui n’obtiendrait pas l’autorisation d’être vendu, s’il était destiné à être mis sur le marché aujourd’hui.

  • Le papier est fabriqué à partir de fibres végétales. Il est opacifié et traité pour une combustion adéquate. Contrairement à ce qui se dit communément, il n’est pas plus toxique que le tabac.
  • Le filtre est une mèche de papier ou d’acétate. Il ne retient que les grosses particules et laisse passer les fines – bien plus dangereuses – et les gaz toxiques.
  • La manchette, généralement de couleur jaune tachetée, qui solidarise le filtre au boudin de tabac, est faite d’un papier paraffiné qui évite aux lèvres de coller à la cigarette. Elle comporte des perforations qui favorisent l’entrée d’air au moment de l’inspiration pour une meilleure combustion.
  • La fumée des cigarettes prétendument « légères » ou « light », dénomination interdite en Europe depuis 2003, est diluée par l’air qui entre par les trous de ventilation plus nombreux que sur les cigarettes dites « normales ». Face à son besoin de nicotine, le fumeur va « ajuster » sa façon de consommer (en tirant plus fort, en inhalant plus fort, ou en faisant plus de bouffées). Le risque encouru avec ces cigarettes n’a donc rien de léger !
  • Le tabac à rouler ou à tuber, « plus « naturel », pense-t-on, « écologique » disent les jeunes ! Non ! En se consumant, il libère environ quatre fois plus de produits toxiques qui envahissent l’organisme !

Qu’y a-t-il exactement dans la fumée de vos cigarettes…

Quand on allume une cigarette on réalise une opération chimique qui porte le nom de combustion. Le tabac et le papier « brûlent » ; la cigarette se transforme en fumée, restent des cendres.

Les trois courants de fumée
Le courant primaire, c’est celui que le fumeur inhale et qui pénètre dans son organisme. Le courant secondaire est constitué par la fumée qui s’échappe du bout de la cigarette dans l’air ambiant entre deux bouffées de tabac. Le courant tertiaire est la fumée rejetée ou exhalée par le fumeur dans l’air environnant.

Chaque courant comporte des concentrations en produits toxiques différentes. La fumée du courant secondaire est la plus toxique, d’où l’intérêt de ne pas laisser sa cigarette se consumer dans le cendrier !

4 000 substances toxiques dont une cinquantaine cancérigènes
On estime qu’environ 4 000 composés chimiques différents composent la fumée de tabac et se répartissent en particules plus ou moins fines, solides, liquides, et en gaz.

  • Parmi ces composants, la nicotine, le plus connu. Fabriquée par le plant de tabac, elle a des propriétés insecticides et se présente en suspension sous la forme de minuscules gouttelettes. Sa structure, très proche de celle de l’acétylcholine qui assure la transmission des influx nerveux dans certaines régions du cerveau, la rend responsable de la dépendance dite « physique » au tabac.
  • Les goudrons, particules solides de tailles variables, sont produits en quantité lorsque le tabac brûle. De nombreuses substances chimiques entrent dans leur composition. Ils sont les principaux composants cancérigènes de la fumée.
  • Le monoxyde carbone (CO) est un gaz asphyxiant, dans la mesure où sa molécule, proche de celle de l’oxygène, prend sa place dans le sang, diminuant ainsi l’oxygénation des organes. Ce gaz augmente les risques de développer des maladies cardiaques et vasculaires, accidents coronariens, artérites et accident vasculaire cérébral (AVC)…
  • Les irritants de la fumée, très nombreux, paralysent les systèmes de nettoyage bronchique et favorisent la survenue de toutes les pathologies respiratoires, depuis les simples bronchites à répétition jusqu’aux cancers pulmonaires, en passant par l’emphysème et la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), pathologies invalidantes voire mortelles…
  • Cette fumée contient également des métaux lourds dangereux pour l’organisme, des substances radioactives et de nombreux autres produits chimiques dangereux.